Le Festival de Théâtre Francophone (FêTèF) a l’objectif de monter une pièce de théâtre en langue française dans plusieurs villes de Bosnie-Herzégovine et d’organiser à Mostar une rencontre entre tous les groupes de jeunes ayant participé au projet.
Le but est qu’une année un groupe de jeunes de la région Midi-Pyrénées vienne à Mostar représenter sa pièce et que, l’année suivante, un groupe de jeunes Bosniens vienne en France pour, à son tour, présenter son spectacle.
Pour cela, nous intervenons pendant douze semaines dans plusieurs villes de Bosnie-Herzégovine avec des groupes d’adolescents ou d’étudiants. Ce travail est fait en association avec un professeur de français acceptant de donner une partie de son temps libre pour travailler avec un groupe de jeunes. Parallèlement aux ateliers, nous organiserons un travail de traduction de la pièce française ou francophone en bosnien, afin que chaque représentation soit sur-titrée et accessible à un public non-francophone.
Le festival est ouvert à tous les groupes de théâtre amateur de Bosnie-Herzégovine comme d’autres pays. Ainsi, aux côtés des groupes bosniens, nous avons pu accueillir des troupes turques, slovaques, serbes, roumaines, monténégrines, françaises et croates.
Dans l’avenir, nous souhaiterions pouvoir développer les ateliers de théâtre en français dans un grand nombre de villes de Bosnie-Herzégovine et inviter des praticiens bosniens à prendre en charge les ateliers pratiques afin de créer des groupes de théâtre dans les milieux scolaires, universitaires et associatifs.
La Bosnie-Herzégovine, depuis la signature des Accords de Dayton le 14 décembre 1995, doit vivre dans une paix fragile où les populations subissent encore les répercutions dues au nettoyage ethnique perpétré entre 1992 et 1995.
En effet, l’une des conséquences de la politique poursuivie durant la guerre a été l’exil systématique des populations rurales minoritaires vers des villes où elles étaient représentées majoritairement. Ainsi, aujourd’hui, les villes de Bosnie-Herzégovine sont peuplées à plus de 60% par une population rurale venue combler le vide provoqué par la disparition ou l’exil des citadins lors du conflit.
Cette nouvelle donnée démographique a une conséquence directe sur l’activité culturelle de toutes les villes du pays car la génération d’adolescents qui arrive aujourd’hui a grandi dans des villes dépouillées de théâtres, de bibliothèques, de musées, de cinémas et, surtout, désertées par l’élite intellectuelle. Ainsi, en développant le théâtre en ateliers pour enfants et adolescents, les jeunes participant au projet entreront dans des édifices culturels désacralisés et y prendront une part active.
Pour cela, il est important que cette manifestation soit le fruit d’une association entre un professeur de français (de collège/lycée/université, club francophone, association, etc…) voulant monter un spectacle avec un groupe de jeunes et un intervenant professionnel en théâtre, assurant ainsi un résultat de qualité tant pédagogiquement qu’artistiquement.
D’autre part, depuis la signature des accords de Dayton, le système éducatif bosnien est séparé par entité et peu d’enfants d’ « ethnies » différentes ont l’occasion de se fréquenter. En effet, les enfants serbes, croates et bosniaques n’étudient pas le même programme scolaire et certaines écoles ont adopté un système proche de l’apartheid : dans une même école, les enfants de l’ethnie majoritaire vont en cours le matin tandis que ceux des ethnies minoritaires y vont l’après-midi (système en place notamment dans les villes de Stolac et de Mostar).
La rencontre finale qui aura lieu à Mostar sera donc une occasion pour tous les enfants, les adolescents et les adultes participants de passer deux jours ensemble sans se concentrer sur les différences ethniques. J’ai pu voir, au cours des quatre années passées dans ce pays, que ce type d’échanges favorise réellement le contact entre les adolescents et leur permet de se fréquenter à partir de bases théâtrales et ludiques ; non ethniques.
Le choix des pièces…
Il est évident que le répertoire privilégié est français ou francophone, afin de le faire découvrir aux jeunes Bosniens qui y sont peu familiarisés. Nous mettons notamment l’accent sur les oeuvres non-traduites en serbo-croate. De cette façon, les jeunes qui participent à l’atelier de traduction feront figure de pionniers et cette expérience, peut-être, fera découvrir à certains une vocation! Toutes les traductions faites à l’occasion du festival sont conservées et restent disponibles.
Une classe française invitée…
En 2010, un groupe de l’option théâtre du Lycée du Maréchal Lannes a représenté une pièce et a séjourné 6 jours à Mostar. En retour, le lycée français a accueilli en avril 2011 un groupe de jeunes Bosniens. A l’occasion de ces échanges, chaque groupe a pu représenter son spectacle dans plusieurs villes françaises (Lectoure, Brassac), bosniennes (Mostar, Sarajevo) ou serbes (Belgrade). Les jeunes Français et Bosniens ont également pu participer à des stages de théâtre.
Cet échange a permis aux adolescents français de découvrir la réalité bosnienne, mais aussi de rencontrer de jeunes apprenants en français et de se confronter, lors des représentations, à un public essentiellement non-francophone. Pour les jeunes Bosniens, il est évident que c’est une opportunité pour eux de parler français avec des natifs et de mieux connaître la culture française.
Dans une autre mesure, cet échange a aussi été un moyen d’introduire d’autres adolescents à cette manifestation, de les mélanger à ces jeunes Bosniens et, peut-être, de détourner l’attention qui aurait pu se focaliser sur les différences ethniques.
Aujourd’hui, nous travaillons au développement d’un partenariat régulier antre des lycées (option théâtre) de la région Midi-Pyrénées et des groupes de théâtre bosniens.
Nous souhaitons installer un échange annuel. Qu’une année les jeunes Bosniens accueillent les adolescents de la région Midi-Pyrénées et que l’année suivante ils soient accueillis par leurs correspondants français. Tout l’échange se ferait autour de l’activité théâtrale. Chaque groupe représenterait son spectacle, ferait des stages de théâtre, etc…
Le choix de faire ces représentations en français et de travailler sur des auteurs francophones est une manière de ne pas risquer de se focaliser sur les différentes nationales qui sont encore sensibles en Bosnie-Herzégovine. Ainsi, choisir des élèves apprenant le français et monter une pièce d’un auteur qui ne vient d’aucun des pays d’ex-Yougoslavie permet de réunir des élèves et des professeurs autour d’une passion qu’ils ont en commun et de travailler sur ce qui pourrait les unir.
D’autre part, comme il a été dit auparavant, un travail de traduction des pièces françaises en langues bosnienne, croate ou serbe sera fait parallèlement au travail de création. Ceci permettant de donner accès à la population bosnienne à des pièces qui auparavant n’étaient pas encore traduites.
Les traductions effectuées à l’occasion du festival seront toutes imprimées, reliées puis distribuées dans les Centre culturels français présents en Bosnie-Herzégovine, dans les bibliothèques des établissements ayant participé au festival ainsi qu’aux trois Académies d’Art Dramatique présentes en Bosnie-Herzégovine. Ceci étant une manière de donner accès et, peut-être, de susciter la curiosité des praticiens bosniens du théâtre envers des œuvres francophones pour le moment inconnues chez eux.
De même, nous souhaiterions à l’avenir que les élèves français jouent une pièce de l’espace ex-Yougoslave afin que pour eux aussi cette expérience soit une découverte dramaturgique.



